Imaginez la scène :
Une cuisinière à bois, un feu qui crépite, une marmite en fonte posée dans un coin, un « blup-blup » régulier, mais pas pressé… Je dirais même, carrément pas stressé !
Un jus qui mijote tranquillement, tandis qu’une vapeur parfumée aux odeurs d’antan s’élève doucement dans la cuisine… Ce précieux breuvage mijote telle une potion de sorcière… Il ne manque plus que le chat noir sur le rebord de la fenêtre pour compléter le décor !
Pourtant, point de magie noire dans cette histoire. Plongeons ensemble dans la potion de nos grands-mamans…
Le bouillon d'os
Voici une préparation ancestrale, née d’un principe aussi simple qu’ingénieux : ne rien gaspiller et tirer le meilleur parti des aliments disponibles.
Une démarche qui avait aussi du sens sur le plan éthique : l’animal était utilisé dans son ensemble, ou presque, afin de valoriser au mieux chaque morceau. À l’époque, on ne laissait pas grand-chose de côté !
Bien avant que les bouillons ne se vendent en cubes, en poudres ou en sachets, nos ancêtres prenaient le temps de laisser mijoter des os, des carcasses et des morceaux de viande moins nobles, souvent avec des légumes et des herbes. Le but ? En extraire les saveurs, attendrir les chairs et obtenir un bouillon riche en goût, nourrissant et réconfortant.
Pot-au-feu, bouilli, pied de porc, osso-buco, fricassées et autres recettes où l’on savait ne pas perdre une miette, se retrouvaient sur bien des tables.
Eh oui, autrefois, tout le monde n’avait pas les moyens de ne manger que les morceaux dits « nobles », rapidement cuisinés, simplement grillés et surtout… sans os à dépiauter ! Il fallait savoir tirer parti de ce que l’on avait, et nos grands-mères savaient y faire.
Dans les cuisines familiales, les auberges et les cuisines de campagne, la marmite permettait ainsi de transformer des ingrédients modestes en une soupe réconfortante, une sauce savoureuse ou la base d’un prochain repas revigorant. Rien ne se perdait, tout se transformait… bien avant que cette devise ne devienne à la mode !
Toutes ces recettes ont un point commun : les OS… et le temps !
Et cette tradition ne date pas d’hier ! La cuisson prolongée des os et des tissus animaux accompagne l’histoire de nombreuses cultures culinaires. En Europe, les bouillons ont longtemps constitué une base essentielle de la cuisine, tandis que d’autres traditions ont développé leurs propres préparations à partir d’os, de carcasses et de tissus riches en collagène.
La véritable formule magique ?
Des os, de l’eau, du temps et l’envie de ne rien jeter !
Ces plats mijotés, autrefois réputés pour leurs nombreuses vertus, faisaient partie du quotidien de nos aïeux. On leur prêtait bien des bienfaits pour la santé, dont certains sont aujourd’hui remis en lumière, tandis que d’autres méritent encore d’être étudiés.
Et si, derrière cette vieille marmite et son mystérieux « blup-blup », se cachait bien plus qu’une simple recette de grand-mère ? Allez, enfilez votre tablier… Nous allons soulever le couvercle de cette potion ancestrale !
Les vertus du bouillon d’os : magie ou réalité ?
Le bouillon est un pilier de la cuisine santé, souvent sous-estimé. Il a peu à peu, quoique finalement assez vite, été remplacé par des cubes ou des poudres en boîte que l’on se permet encore d’appeler « bouillon », alors que, dans certaines marques, il n’y a même plus d’os parmi les ingrédients.
Pire encore, on nous vend, plus cher évidemment, des bouillons contenant de l’extrait de viande, comme si ce dernier était plus noble que l’os. Pourtant, ce que l’on recherche notamment pour leurs qualités nutritionnelles, ce sont justement ces os qui auront longuement mijoté.
Lorsqu’il est préparé dans les « règles de l’art », autrement dit fait maison, le bouillon d’os peut être une véritable potion réconfortante pour notre organisme.
Depuis quelque temps, le bouillon d’os fait son grand retour. Sur les réseaux sociaux, il est parfois présenté comme l’élixir capable de réparer l’intestin, de renforcer les articulations, de rajeunir la peau et de faire pousser les cheveux plus vite. À ce rythme-là, on aurait envie de tomber dans la marmite comme Obélix ! À nous la jeunesse éternelle…
Alors, que peut-on raisonnablement attendre de cette potion ?
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Pour l’intestin
Le bouillon est chaud, facile à consommer et peut être particulièrement appréciable lorsque l’appétit est réduit ou que l’on recherche une préparation simple et réconfortante. Les acides aminés (glutamine, glycine, proline) qu’il possède participent notamment au maintien et au renouvellement des tissus et aide à la perméabilité intestinale
- Pour les articulations et la peau
Notre breuvage contient du collagène et de la gélatine issus de la cuisson prolongée des os. Ces composants suscitent un intérêt scientifique, notamment pour les articulations et la peau. Toutefois, la composition d’un bouillon maison est très variable et les études portant sur des compléments de collagène ne permettent pas de conclure que boire un bol de bouillon procure les mêmes effets.
En pratique, ce n’est pas parce que le bouillon contient du collagène que celui-ci se rend directement dans nos rides pour y effectuer des réparations !
- Pour les os
Des minéraux (calcium, magnésium, phosphore), en quantité variable selon les os utilisés et la préparation, celles-ci peuvent être modeste si les os n’était pas riche. Un bouillon ne remplace donc pas un aliment riche en calcium.
- Pour la récupération et l’alimentation quotidienne
Voilà un domaine où notre vieille marmite a de véritables atouts ! Le bouillon apporte du liquide, de la saveur et, selon sa composition, une quantité variable de protéines. Il trouve ainsi tout à fait sa place dans une alimentation équilibrée et variée, en complément d’autres sources de protéines.
Il permet également de préparer des repas simples, économiques et savoureux, tout en donnant une seconde vie aux restes.
Et surtout, c’est une belle manière de valoriser les os et les parures, dans la tradition d’une cuisine où rien, ou presque, ne se perd.
La conclusion de notre grimoire est donc simple : gardons les pieds sur terre, la marmite sur le feu et une bonne dose de bon sens dans notre quotidien. La santé n’est pas une histoire de magie… même si un bon bouillon maison a parfois quelque chose d’enchanté !
La recette d'antan : le bouillon d'os maison
Si vous cuisinez régulièrement des légumes bio, à condition de bien les laver avant de les éplucher, vous pouvez vous réserver un bac au congélateur pour y collecter les épluchures et parures. Carottes, poireaux, céleri, tiges de persil… tout peut être conservé et valorisé lors de votre prochain bouillon, plutôt que d’utiliser des légumes entiers. Le même principe s’applique aux os de bœuf, veau et aux carcasses de poulet : conservez-les au congélateur et ressortez-les au moment de préparer votre prochaine marmite.
Une belle façon de donner une seconde vie à vos restes, sans en perdre une miette !
Dans le chaudron
- 2 kg d’os de bœuf, de veau ou 2 carcasses de poulet (ajouter 2 os à moelle si vous optez pour les carcasses)
- 2 oignons (avec la peau, bien lavé)
- 2 carottes (ou les parures d’une dizaine de carottes bio)
- 1 céleri (ou les parures d’environ 3 pièces bio)
- 1 poireau (ou les feuilles vertes d’environ 3 poireaux)
- 1 bouquet de persil (ou les tiges des derniers bouquets)
- 1 cuillère à soupe de vinaigre de cidre (pour extraire les minéraux)
- Eau froide (quantité suffisante pour couvrir et remouiller)
- Épices : clou de girofle, graines de poivre, feuilles de laurier (et tout ce qui vous fait plaisir de faire mijoter)
- Sel non raffiné (ajouté uniquement en fin de cuisson)
La potion
Nul besoin de baguette magique, il vous suffit de vous équiper d’une grande marmite…
- Dorer les os (ou les carcasses) au four à 160° durant 1h30 à 2h00
- Couper les oignons en deux, les piquer avec les clous de girofle et les faire « brûler » (presque noircir), à sec (sans matière grasse) dans une grande marmite, ou directement au four avec les os. Cette étape permet de développer les arômes et donnera à votre bouillon une couleur dorée et un goût plus prononcé.
- Ajouter les os ou carcasse, les légumes coupés grossièrement et les herbes aromatiques ou les parures congelées selon l’option que vous aurez choisi
- Recouvrir entièrement d’eau froide
- Ajouter le vinaigre de cidre et les épices
- Porter à ébullition douce, puis réduire immédiatement le feu
- Laisser mijoter à feu très doux :
- Os de bœuf : 12 à 14 heures (la cuisson peut être interrompue et se faire sur deux jours de suite)
- Carcasse de poulet : 3 à 4 heures
- Écumer pour retirer la mousse si nécessaire en début de cuisson
- Rajouter de l’eau quand nécessaire
- Filtrer le bouillon
- Ajouter le sel à la fin de la cuisson
L’astuce de la sorcière prévoyante :
Dégraisser et conserver ! Laissez tiédir votre bouillon, puis placez-le au réfrigérateur. Une fois bien froid, le bouillon devient gélatineux et la graisse se fige à la surface. Dans ce cas, réjouissez-vous, votre bouillon est plein de propriétés nutritionnelles et « moelle dans l’os », la graisse solidifiée peut-être retirée facilement à l’aide d’une cuillère, pour être conservée et réutilisée en cuisine. Rien ne se perd, tout se transforme !
- Les graisses animales sont, de manière générale, riches en acides gras saturés… Et oui, on entend souvent dire que ceux-ci sont mauvais pour la santé ! Mais, comme souvent en nutrition, des nuances sont à apporter. Bien qu’il ne faille pas en abuser, les graisses saturées ont l’avantage d’être plus stables à la cuisson. Leur point de fumée, c’est-à-dire la température à laquelle une matière grasse commence à fumer et donc de créer des dommages pour la santé, est plus élevé que celui des huiles végétales. « Cela dépend toutefois du degré de raffinage de l’huile ! Or, le raffinage peut lui aussi modifier les caractéristiques du produit et soulever d’autres questions sur le plan nutritionnel… »
Alors, pour rester au plus près d’un produit simple et peu transformé, les graisses animales peuvent être intéressantes pour des cuissons à température élevée, comme rôtir, saisir, frire ou faire sauter les aliments. Vous l’aurez compris, elle sera parfaite pour faire griller un steak ou rissoler quelques pommes de terre à la poêle, tout en leur apportant un goût plus authentique et gourmand ! Vous pouvez donc la conserver dans un bocal propre et fermé, au réfrigérateur, pour l’utiliser au gré des plats que vous concocterez. Attention toutefois à ne pas les surchauffer ni à laisser les aliments carboniser et noircir, afin de limiter la formation de composés indésirables pour la santé.
La morale de l’histoire ? Avant de jeter, on RÉFLÉCHIT ! Notre marmite a encore quelques tours dans son sac !
Pour utiliser le bouillon comme base d’assaisonnement, vous pouvez ensuite le reporter à ébullition et le laisser réduire afin de le corser en goût. Il ne vous reste plus qu’à faire des portions, par exemple dans des bacs à glaçons et à le conserver au congélateur.
Pour une consommation en « soupe », il suffit de le détendre avec un peu d’eau chaude jusqu’à obtenir l’intensité de goût souhaité. Vous aurez ainsi toujours sous la main de petites portions de bouillon maison, prêtes à enrichir une sauce, un plat… ou à se transformer en une délicieuse potion.
Mais attention, apprentie sorcière …
Une cuisson interminable ne garantit pas un breuvage miraculeux. Même après de longues heures sur le feu, le plus vieux des chaudrons ne garantit pas la plus magique des potions… mais bien un bon bol de bouillon maison réconfortant !
Car dans notre marmite, les ingrédients travaillent tranquillement. Sous l’effet de la chaleur, une partie des substances contenues dans les os et les tissus qui les entourent passe dans l’eau. Plus le jus mijote, plus il gagne en saveurs et peut se concentrer en gélatine.
Mais le secret de votre potion réside aussi dans le choix des ingrédients. La qualité de votre bouillon dépend avant tout de ce que vous mettez dedans ! Le choix des morceaux, leur richesse en tissus conjonctifs et la présence éventuelle de moelle influencent sa saveur et sa composition nutritionnelle.
Pas besoin d’incantations ! Enfilez votre tablier, sortez votre plus belle marmite, brandissez votre spatule, choisissez vos meilleurs ingrédients et laissez mijoter votre potion. Pensez à remuer de temps en temps et laissez les effluves de votre bouillon embaumer votre habitation, comme au temps où les bons petits plats prenaient tout leur temps ! Bon appétit
Tanja Hauser
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